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@2020 CPMED CENTRE D’ÉTUDES POLITIQUES ET MÉDIATIQUES SUR LA MÉDITERRANÉE

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Le Liban : Quelles instances et mécanismes de régularisation pour quel paysage médiatique ?

Introduction

Le Liban, pays anomique qui vit dans une instabilité sur le plan sécuritaire, politique et économique connaît une certaine spécificité médiatique qui reflète les divergences politico-religieuses au point de créer un "modèle" médiatique libanais qui lui est propre.


Dr. Amal Nader

Contrairement à ses voisins arabes, le Liban n'a pas connu de "printemps" mais il a subit bon gré mal gré les conséquences de la crise syrienne. Ainsi la population vit sous « la menace d'une explosion » politique et sécuritaire à chaque instant, sans oublier la crise économique par laquelle passe le pays, et qui pèse lourd sur les citoyens qui se retrouvent confrontés au chômage et à un marché du travail de capacité limitée.

Mis à part le contexte politique, le Liban connaît depuis des décennies une tradition médiatique régie par le principe de la liberté d'expression. Une liberté qui, avec des modes opératoires spécifiques, laisse supposer un "modèle" propre à ce pays qu’il serait intéressant d'explorer afin de comprendre le fonctionnement

Dans un premier temps nous proposons de dresser un panorama du paysage médiatique libanais, entre médias privés et médias publics. Ensuite nous allons mettre en perspective l'ensemble des instances de régularisation. Nous nous penchons ensuite sur les textes de lois propres à la presse écrite et ceux qui régissent l'audiovisuel, afin de comprendre le rôle de chacune de ces instances, mais également, les failles du système. Outre, le mode de fonctionnent des médias libanais écrits et audiovisuels, nous allons essayer de mettre en exergue des enjeux très importants tels que le financement, l'appartenance politico religieuse, la censure, l'autocensure, et les limites à ne pas dépasser, et qui seront au cœur de notre réflexion. En effet, avec la démocratisation d'Internet et des réseaux sociaux, et l’émergence d’un nouveau média qui a pris place, les Pure-Players, nous débattrons de ce sujet vivement suivi par le public libanais.


Ces questions seront abordées de telle manière à comprendre comment les médias libanais au nom de la liberté se transforment souvent en outils de guerre et de propagande au service des intérêts politico-religieux.

Enfin, il est important de souligner que chaque groupe politique ou religieux bénéficie d’une tribune médiatique qui lui appartient directement ou indirectement et qui lui a été accordée lors de la distribution des licences après la fin de la guerre ; les mécanismes de régularisation fonctionnent ainsi de manière à maintenir le système qui alimente et justifie leur existence. Nous allons donc commencer par dresser un panorama du paysage médiatique ; tout en s’arrêtant sur la place du service public dans le paysage médiatique libanais par rapport aux médias privés.


Genèse de la presse écrite

La presse libanaise a longtemps été l’une des plus libres, et des plus anciennes du Moyen-Orient. Elle représente une variété de tendances, allant du soutien total au pouvoir, à l’opposition la plus farouche. Le caractère libéral a toujours constitué un atout fort de la culture journalistique libanaise.

Une renaissance culturelle face à l’Empire ottoman

La 1ère imprimerie du monde arabe a vu le jour au Liban, en 1595. Et pour rappel, les journalistes libanais ont joué un rôle pionnier dans la naissance de la presse arabe moderne, notamment en Égypte. Le premier journal libanais Hadikat Al Akhbar fut fondé par Khalil al-Khoury en 1858, au moment même où naissait à Istanbul le premier journal en langue arabe publié par (un Libanais) son compatriote Iskandar Chalhoub.

À l’époque de la renaissance arabe, Beyrouth a connu une effervescence culturelle et c’est ainsi que des intellectuels et hommes de lettres libanais ont pu laisser une grande marque dans le domaine de la culture- en général- et de celui la publication en particulier. Et pour preuve, un grand nombre de journaux et de revues ont vu le jour à cette époque.


Un passage douloureux de l’Empire au mandat

Au début du XXe siècle, des journaux aussi bien politiques que culturels furent fondés. La première guerre mondiale a mis fin à l’autonomie dont jouissait le Mont Liban. Les Ottomans « font la chasse à ceux qui diffusaient leurs idées à l’aide des journaux, ce qui allait coûter la vie à de nombreux journalistes exécutés sur la place publique à Beyrouth en 1916 ». La presse ouvre le chemin à l’indépendance

La majorité de la presse libanaise est née entre les deux guerres mondiales, à l’époque du mandat français.

Cette presse était partagée entre deux tendances :

l’une musulmane, qui réclamait l’union avec la Syrie et l’appartenance du Liban à son environnement arabe, l’autre chrétienne, qui soutenait l’idée d’un Liban indépendant pro-occidental.


En 1943, enfin indépendants, les Libanais acceptent de mettre fin à leurs appartenances extérieures arabes et occidentales. « Sur le plan politique, l’appel à l’indépendance, par voie de la presse, a pu trouver un appui intellectuel apte à ouvrir le chemin de la communication avec les masses… Cette presse, dans la majorité de ses organes, construisait tacitement le milieu intellectuel et national du Liban indépendant ».

La guerre civile, en 1975, a prouvé la grande fragilité de cet équilibre confessionnel. La presse libanaise a subi la guerre et en a profondément souffert, car, mises à part les pertes matérielles dues à la destruction des locaux sous les bombardements, son personnel a parfois payé de sa personne. De nombreux journalistes ont été tués ou enlevés pendant cette guerre. Cette presse a subi des pressions politiques.

Malgré les menaces répétées, les souffrances, les nombreuses pannes et problèmes des distributions dus aux barrages militaires, les journaux libanais ont continué à sortir tous les matins, tout au long de la guerre, avec de rares interruptions.

La presse quotidienne nationale regroupe seize titres actuellement :

Al-Akhbar, Al-Anouar, Aztag Daily, Al-Bayrak, Al-Binaa, Ach-chark,The Daily Star, Ad-Dyar, Al-Joumhourya, Al-Liwaa, Al-Mustaqbal, An-Nahar, An-Nidaa, L’Orient-Le jour, Sada al-Balad, As-Safir.


Ainsi que 10 principales revues :

Al-Masiraالمسيرة, Al-Kifah Al-Arabiالكفاح العربي, Al-Hawadisالحوادث, Al-Kalimaالكلمة, Al-Afkarالأفكار, Al-Intiqadالانتقاد, Ac-Charehالشراع, As-Sabatالثبات , Al-Bayanالبيان.

Avec une diversité linguistique,aujourd’hui, la presse paraît en quatre langues au Liban : en arabe, en français, en anglais et en arménien.

Les 3 plus grandes agences de presse dont l’une est l’agence publique sont les suivantes :

NNA الوكالة الوطنية للإعلامhttp://www.nna-leb.gov.lb

Fondée en 1961 et a débuté son activité en mars 1962.

Al-Markazia وكالة الأنباء المركزيةhttp://www.almarkazia.com

WAL News وكالة الأنباء اللبنانيةhttp://www.walnews.com

La genèse de la radio et de la télévision

Les radios au Liban

Nous trouvons au Liban deux sortes de radio : D’une part, la radio publique officielle gouvernementale, « Radio Liban » et dont la diffusion a commencé en 1962. Elle a été fondée en 1938 en tant que Radio Liban. En 1946, la France a cédé cette radio au gouvernement libanais, et a été annexée au ministère de l’information. Cette radio a passé par plusieurs crises notamment en 1975 lors de la guerre civile du Liban. Après l’accord d’At-Taïf cette radio a repris ses stations de diffusion, mais actuellement, c’est une radio qui existe physiquement mais sans activités.


D’autre part, les radios privées à caractère commercial soumises à la loi 94/382 qui régit la diffusion des médias sur les ondes (Radios et Télévisions). Elles sont une trentaine actuellement entre politiques et apolitiques.

Télé Liban

La première chaine a été fondée en 1959 sous le nom « Société de télévision du Liban », la deuxième chaine en 1961 sous le nom « Société de télévision du Liban et l’Orient », qui émettaient dans les deux langues arabe et françaises. Les deux chaines ont fusionné en 1977 après le début de la guerre sous le nom de télé Liban, et elle est sous tutelle d’un conseil d’administration dont la moitié des membres sont désignés par l’état et le reste par le secteur privé. Après l’adoption de la loi sur l’audiovisuel de 1994, télé Liban est devenue publique à 100%, et est passée sous le giron de l’état libanais tout en gardant un statut d’une société privée.

L’effervescence des télés privées et leur mainmise sur le marché de la publicité a eu pour effet l’exclusion de télé Liban de la manne publicitaire et a eu pour conséquence une baisse considérable de ses ressources, surtout que le budget alloué par l’état ne permet pas de produire des vraies émissions, et couvre à peine les salaires des employés, d’ailleurs et à titre de comparaison nous pourrons dire que ce budget annuel équivaut les frais de la production d’une seule émission telle que Star Académie sur une télé privée.

La vision de l’Etat libanais depuis la fin de la guerre à ce jour, se résume entre deux avis :

l’un prône la privatisation de télé Liban, et un deuxième qui prêche pour un service public mais non étatique.


Cette question n’a jamais été tranchée car dépendait et dépend toujours de la vision du ministre de tutelle qui n’a jamais pu et ne peut trancher tout seul ce point crucial.

En guise de conclusion pour cette partie, il est important de rappeler que les ressources de Télé Liban sont très limitées et ne dépassent pas les 330 mille dollars, la majorité de cet argent va vers les charges du personnel et ne suffit absolument pas pour faire tourner une vraie télévision.


Les télévisions privées

En marge de télé Liban, d’autres chaines ont commencé à diffuser sans aucune licence profitant de l’absence réelle de l’état libanais pendant la guerre, leur nombre est arrivé à 54 chaines en 1990.

A titre d’exemple, en 1985, s’est lancée la chaine LBC Lebanese Broadcasting Channel, qui se considère actuellement la plus grande chaine de télévision au Liban. Cette chaine a été fondée par les Forces Libanaises dans la banlieue chrétienne de Beyrouth. Suite à la loi numéro 94/382 qui réglemente l’espace audiovisuel libanais l’Etat a pu contrôler cet espace et a interdit ainsi toute diffusion de chaine sans l’autorisation du gouvernement, qui a exigé le dépôt d’un cahier de charges au préalable afin d’obtenir une telle autorisation.

En revanche, on ne peut dissocier cette loi et surtout son application du contexte géopolitique de l’époque et de la politique du consensus qui a toujours régné, et qui permettait à chaque groupe politico-religieux de retrouver sa place dans ce champ audiovisuel. À cet effet, les licences ont été distribuées selon une logique qui permet de répondre favorablement aux revendications de chaque groupe et de ce fait la répartition a été faite de telle manière à garder l’équilibre politique.

LBC : Malgré l’interdiction des Forces Libanaises (chrétiennes maronites) de l’époque, la chaine LBC a été autorisée, elle était rentrée dans le giron de la famille chrétienne maronite Daher (À savoir que les Forces Libanaises ont eu recourt à la justice pour récupérer cette chaines).


MTV ; Murr TV : Chaine qui appartient à la famille chrétienne orthodoxe Al Murr, dont Michel Al Murr, un de ses membres a été le vice-président du gouvernement libanais

Future TV (de Rafik Al-Hariri) : Cette chaine appartient à la famille de Rafik Alhariri, ex-chef du gouvernement libanais, et qui est le porte-voix des sunnites libanais.

NBN (de Nabih Berri) : C’est une chaine qui appartient à Nabih Berri, président de parlement libanais, et chef du groupe Amal l’un des partis chiites libanais.

ALMANAR TV: La chaine de Hizboullah, une chaine qui diffuse depuis en 1991 et qui a été régularisée en 1998 comme porte-voix de la résistance libanaise.

New TV; Aljadid: Chaine régularisée en l’an 2000 grâce à une décision juridique du « Conseil de l’état libanais » qui est la haute instance juridique du Liban, et ce après un premier refus du gouvernement en 1994, malgré que cette chaine remplissait à l’époque les conditions du cahier de charges imposées par la loi. Cette télé était proche de l’ancien président libanais Emile Lahoud, actuellement proche du « rassemblement du 8 mars ».

OTV : C’est la dernière chaine à avoir obtenu sa licence en 2006, et ce suite au retour de Michel Aoun le leader chrétien au Liban.

L’an 2000, d’autres licences ont été accordées à ICN, UTV - après leur fusion avec la chaine Almachrik - ainsi qu’à d’autres chaines interdites depuis 1994, mais cela ne leur a pas permis de se reprendre et de pouvoir rediffuser.

La TNT

Nous rappelons que le passage de « la radiodiffusion analogique à la radiodiffusion numérique a été décidé lors de la Conférence régionale des radiocommunications tenue en 2006 à Genève en Suisse par les pays membres de l’Union Internationale des Télécommunications. L’Accord issu de cette Conférence, communément appelé Accord de Genève 2006, fixe le cadre général de cette migration ». Aux termes de cet accord, les dates butoirs de la transition sont impérativement fixées au 17 juin 2015. Le Liban s’est engagé en signant la convention de Genève en 2006 à passer à la TNT d’ici à 2015. Le passage à la TNT permet au Liban d’avoir une quarantaine de chaine. Mais la TNT n’a pas vue le jour et le projet est loin d’être réalisable en 2015. « Aujourd’hui, chaque chaîne de télévision libanaise qui émet sur les ondes terrestres analogiques possède son propre réseau ».

La télévision satellitaire

Actuellement, la plupart des chaînes libanaises diffusent par satellite. Télé Liban a été privée d’émettre par satellite au profit de chaines privées, ainsi en 1996 deux chaines privées avaient commencé leur diffusion par satellite, LBC qui a démarré avant même l’existence de la loi régissant cela et du coup n’avait au début aucune autorisation, et puis ensuite dans la même année FUTURE TV. Et ainsi, Télé Liban n’a pas obtenu d’autorisation malgré le fait qu’elle avait fait la demande de canaux auprès d’Arabsat ; et sa diffusion satellitaire ne verra le jour qu’en l’an 2000.


Si tout le monde s’accorde pour dire que la diffusion satellitaire est une vraie avancée technologique et culturelle, néanmoins les intérêts du pays peuvent être menacés par l’ingérence et l’influence qui peuvent être exercés de l’extérieur par ceux qui ont les moyens scientifiques technologiques, et financiers, et ce en diffusant soit des fausses informations, soit en diffusant des valeurs qui ne respectent pas les valeurs et la culture du pays. C’est la raison pour laquelle les Etats se voient réticent à donner des licences aux médias étrangers.


L’émergence d’un nouveau média

Les Pure-Players

Le problème de la presse dans un pays comme le Liban se concentre dans son taux de pénétration au sein du grand public. De nos jours, le public lit de moins en moins, compte-tenu de l’émergence d’abord des médias audiovisuels, puis d’internet et des nouvelles technologies d’information. La presse écrite libanaise subit actuellement la même crise que celle qui touche la presse du monde entier, avec une baisse des ventes et du lectorat.

Pour y remédier, cette presse s’adapte à son époque en créant son espace sur la toile, et en se déclinant pour s’exprimer sur tous les nouveaux supports technologiques. À titre d’exemple, aujourd’hui les journaux libanais sont consultables sur Blackberry, Iphone et Ipad.

Les sites d’informations au Liban se composent des catégories suivantes :

Les sites des journaux quotidiens et des revues, des agences de presse, les sites des partis politiques, les sites officiels. Les blogs politiques réguliers, surtout ceux des journalistes à forte notoriété.

Parallèlement aux sites des médias traditionnels, les nouveaux médias et particulièrement le journalisme en ligne touchent actuellement un large éventail de public, notamment les jeunes.

Parmi les multiples formes de nouveaux médias, il faut citer :

les sites d'information consacrés à Internet, les pure-players.

Cette culture des nouveaux médias venue des États-Unis a rapidement été adoptée par les pays arabes, où Internet était la meilleure alternative pour répondre aux besoins d’un public assoiffé de liberté.

Le rôle d’internet et des réseaux sociaux dans ce qu’on a convenu d’appeler « le printemps arabe » en est la preuve. Le Liban n'est pas une exception dans ce domaine malgré les multiples obstacles techniques.

Tout en sachant qu’en terme d’information, on évolue d’un modèle de contenus linéaires vers un nouveau modèle de contenus délinéarisés, le journaliste ne détient plus aujourd’hui le monopole de l’information.


Le public informe le média et vice versa. On passe de l’ère d’un public passif qui reçoit l’information à l’ère d’un public actif qui participe à la création et à la circulation de l’information. Ce qui caractérise le plus le journalisme en ligne est le Networking, cette possibilité d’échanger entre lecteurs et journalistes, et la capacité de commenter un article. En délivrant ses commentaires, le lecteur est impliqué dans l'écriture de l’article. La série de ces ajouts devient partie intégrante de l'article original.

Les six sites pure-players les plus régulierset des plus suivis sont :

النشرةhttp://www.elnashra.com/لبنان الآنhttps://now.mmedia.me/lb/arليبانون فايلزhttp://www.lebanonfiles.com/الأخبار اللبنانيةhttp://www.lebanesedays.org/lebanondebatehttp://www.lebanondebate.com/المدن http://www.almodon.com/

L’arsenal juridique

Presse écrite

Presse écrite nationale

La loi ottomane (1864 – 1894 – 1909 – 1908) sur la presse est restée en vigueur jusqu’en 1924 ; elle a été ensuite remplacée par la loi française jusqu’en 1945. Une nouvelle loi a accordé à la presse une liberté quasi-totale, en 1952. Cette loi ne prend en compte que les publications écrites malgré l’existence à l’époque de deux chaines télévisuelles privées. Cette loi a été modifiée en 1977 / 104, puis en 1994 / 330. La liberté d’expression est garantie par la loi.

Catégories de la presse écrite : La presse écrite est répartie entre ce que l’on appelle la presse politique la presse apolitique (ou non politique).

La première est légalement autorisée à publier tout genre d’information, y compris de sujets politiques, alors qu’il est interdit à la deuxième de traiter de sujets en rapports avec la politique ou d’avancer des propos politiques dans ses publications.

Cahier de charges pour l’obtention de licence de la presse écrite : Selon le cahier de charges, parmi les conditions exigées pour pouvoir publier un journal nous pourrions citer les suivantes : Être libanais et résidant au Liban et jouissant de ses droits civiques et politiques et ne pas être au service d’un État tiers.Être journaliste, pour les personnes physiques ou une entreprise de presse pour la société morale dont les participants sont tous libanais.

Dans tous les cas, les lois régissant ce domaine interdisent tout financement étranger. Mais malgré l’existence de ces lois très explicites dans ce domaine, plusieurs capitaux étrangers sont rentrés dans la plupart des entreprises de presse et ont pu influencer leurs lignes éditoriales.


Ce qui nous pousse à dire qu’il y a une possibilité de contourner la loi afin de permettre à des Etats et des hommes d’affaires étrangers d’investir dans ce domaine du moment où ils ont une couverture interne. En effet, la concurrence féroce a poussé certains médias à compter sur ce capital étranger au point de lui devenir redevable sur plusieurs aspects.

Presse écrite internationale

Pour la presse étrangère publiée ou diffusée au Liban, elle doit obligatoirement respecter toutes les conditions de publication citées dans la loi sur les médias et parmi lesquelles avoir une autorisation de publication au Liban.

Il serait judicieux de rappeler ici que cette loi a donné un grand pouvoir au Ministre de l’Information afin de régir ce domaine.

A titre indicatif, on peut citer l’interdiction de distribuer toute publication qui touche de près ou de loin à la sécurité intérieure et de l’intégrité territoriale, la dévalorisation des religions, ou la violation de la moralité publique.

Responsabilité juridique et civile de la presse écrite

C’est la loi sur les médias qui s’applique sur les infractions commises par la presse, suivant une responsabilité juridique et une responsabilité civile.

Cette loi précise que quiconque commet une des infractions suivantes sera puni :

La diffamation, le dénigrement et l’injureLe non-respect de la dignité des chefs d’ÉtatsLa désinformationLe chantageCompromettre la sécurité de l’État et ses relations étrangèresL’incitation aux conflits confessionnelsL’encouragement de la désobéissance armée contre les pouvoirs en placeIncitation à la violence et aux crimes

Et bien d’autres….

Outre ce que nous avons cité, et comme nous l’avions déjà précisé, il est interdit aux journaux non politiques de publier des informations ou des dessins ou des commentaires à connotation politique.

Enfin, il est important de mentionner que c’est la Cour d’appel qui a le pouvoir de regarder dans toutes les affaires relatives aux médias. Tout en sachant que toute détention provisoire des journalistes est interdite par la loi.


Loi sur l’audiovisuel

Nous commençons cette partie par faire la remarque suivante : La responsabilité civile et juridique s’applique aussi de la même manière sur tout le champ audiovisuel. L’autorisation préalable par l’ensemble du gouvernement est exigée avant toute diffusion, la licence est donnée par un décret gouvernemental après consultation du conseil supérieur audiovisuel qui a un avis consultatif.

Catégories audiovisuelles : Selon la loi, les radios et télés sont subdivisées en quatre catégories avec chacune son propre cahier de charges à respecter.

Catégorie 1 : Elle regroupe les médias qui diffusent uniquement au Liban avec des programmes variés notamment les programmes politiques,

Catégorie 2 : idem que 1 à l’exception des programmes politiques,

Catégorie 3 : Elle regroupe les médias internationaux diffusant par satellite et à l’international,

Catégorie 4 : Elle regroupe les médias codés dont le suivi des programmes exige un abonnement particulier.

Loi nº 531 sur la diffusion via satellite

Le 24 juillet 1996, l’Assemblée Nationale a adopté une loi qui a ratifié la proposition de loi relative à la diffusion via satellite et la diffusion télévisée numérique telle que modifiée par la commission d’Information, Postes et Télécommunications.

Cette loi définit:

Les procédures de location de canaux pour l’émission et la réception de l’image accompagnant le son par le biais de stations terrestres dépendant du Ministère des Postes et Télécommunications.Les taxes et droits découlant de cette location.

En vertu d’un décret adopté au Conseil des Ministres sur proposition du Ministre de l’Information ou des Ministres de l’Information et des Affaires Etrangères, il est possible de poursuivre l’institution en justice ou d’arrêter l’utilisation du canal ou des canaux et résilier le contrat de location pour des raisons et impératifs relevant des hauts intérêts de l’Etat.

Cette dernière phrase relève de genre d’expressions qui peuvent être expliqué de plusieurs manières. En effet, elles contiennent une ambigüité, une généralisation qui permet au ministère de l’Information d’utiliser son autorité à n’importe quel moment sous prétexte de défendre les intérêts de l’état alors qu’il peut s’agir d’autres raisons non justifiées. Malgré cela, le conseil d’Etat reste le dernier ressort à pouvoir donner un dernier avis.


Le nouveau projet de lois

Le nouveau projet de loi regroupe les médias sous toutes leurs formes : écrits, audiovisuels et nouveaux médias sur internet. Une loi unique qui remplace toute les précédentes et qui répond aux exigences. Parmi les points les plus importants qui caractérisent ce projet de loi :

Supprimer le principe de l'arrestation provisoire contre les journalistes.L'instauration le principe du droit à l'information et la garantie de l'obtention de l'information.Le conseil national de l'audiovisuel aura ses pouvoirs élargis en passant d'un statut purement consultatif à un statut de régulateur décisif. Revoir les sanctions de telle manière qu'elles soient proportionnelles à la réalité des salaires.Revoir l'organisation judiciaire chargée du suivi des procès concernant le métier en constituant un tribunal spécialisé.La nouvelle loi, prévoit pour les nouveaux médias, une simple déposition d'un dossier pour obtenir systématiquement l'autorisation sans licence préalable.

Au cours de l’année 2014, ce projet de loi est étudié en commission au sein du parlement avant son passage devant le vote pour qu'il soit adopté.

Les instances de régularisation

Le Ministère de l'Information

Le ministère de l’information a été créé en 1959, et sa mission est de mettre l’opinion publique au courant de qui se passe à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, en portant un éclairage sur les événements, avec en son sein un service dont le rôle est de veiller sur l’application de la loi et code de la presse.

En changeant de nom en 1961, le service de la presse et la publication est devenu un service plus élargi avec comme nouvelles compétences la formation sur des questions relatives à la partie juridique et la veille sur la mise en application des lois.

Le ministère essaie de jouer le rôle d’un régulateur public, afin de superviser toutes les instances médiatiques avec l’aide du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.


Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel

Selon la loi numéro 94 /384 « Conseil national de l’audiovisuel » est constitué de dix membres désignés dont la moitié est désignée par le parlement libanais et l’autre moitié par le gouvernement parmi les intellectuels et professionnels du domaine.

Le conseil a un rôle consultatif et ses compétences tournent autour de deux axes :

1-Etudier les demandes de licence des chaines télé et stations radio et donner un avis consultatif au conseil du gouvernement.

2- Recommander des sanctions à l’encontre des médias qui ne respectent pas la loi.

En effet, l’article 47 de la loi donne le droit de supervision et de contrôle sur les médias au Conseil.

Malgré que le conseil ne dispose pas de tous les moyens (ni des outils) lui permettant de jouer son rôle, il exerce ses pouvoirs surtout sur les chaines privées notamment sur les infractions qui créent des controverses au sein de la société.


La censure dans la loi

La censure est subdivisée en trois catégories :

La censure préalableLe post-audit ou le contrôle ultérieur Contrôle des ressources

Le gouvernement peut exercer ce droit de censure préalable dans des conditions fixées par la loi, notamment en cas de menace contre le pays ou ses intérêts vitaux, ce droit s’exerce par décret du conseil des ministres sur proposition du ministre de l’information. Le décret doit préciser les modalités de cette censure.

Le post-audit et le contrôle des ressources permettent de vérifier que les ressources sont légitimes et conformes à loi.

En outre, le contrôle permet la vérification du respect du cahier de charges, ainsi que l’adéquation entre les intérêts du pays et les programmes diffusés.


Les deux ordres

L’Ordre des journalistes L’Ordre des patrons de presse

Il faut signaler qu’en 1940, l’Ordre des Journalistes est devenu un organisme reconnu. En 1941, il s’est scindé en deux : l’un regroupant les propriétaires des journaux, l’autre, les rédacteurs. C’est ce dernier qui est habilité à délivrer aux journalistes leur carte de presse. Le Conseil de l’Ordre de la presse regroupe les deux ordre, il est présidé par le président de l’Ordre des journalistes.

Parmi les problèmes que rencontrent des instances, nous citons la suivante : L’inscription sur la liste officielle répond à des mesures qui ne permettent pas de renouveler réellement les instances dirigeantes de ces ordres et de ce fait ils sont devenus verrouillées, vieillissants et souffrent d’un vrai manque de représentativité.

Les contraintes que rencontrent les médias

Les médias libanais, comme tous autres médias, et surtout dans les pays qui manquent de stabilité politique, subissent en permanence des contraintes qu’ils s’acharnent à surmonter pour pouvoir survivre, tout en préservant la confiance de leur public. Comme pour toute activité humaine insérée dans un contexte marchand, les contraintes des entreprises médiatiques sont très nombreuses. Parmi ces nombreuses contraintes, certaines sont fondamentales, à commencer par la liberté d’expression, à laquelle aspire tout journaliste et à laquelle s’oppose dans de nombreux pays la censure, qui est la plus grande contrainte qu’un média libre doit affronter. Et lorsque la censure n’existe pas, l’autocensure peut être un exercice bien plus contraignant.


La liberté d’expression

Dans le lexique des journalistes, le terme « liberté d’expression » se marie à la perfection avec le mot « autorégulation », autrement dit un « examen de conscience professionnelle ». La liberté d’expression est assurée par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Le Liban est signataire de cette déclaration et est considéré comme un pays démocratique. La réalité nous oblige par contre à reconnaître que, même en démocratie, l’influence de l’État sur la presse n’est pas nulle », et le Liban n’échappe pas à cette règle. Même s’il est bien connu qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans de liberté de presse, il faut admettre que cette liberté « n’est jamais acquise ».

Au Liban, non seulement à l’époque de l’Empire ottoman, les journalistes ont été pendus sur les places publiques, mais pendant la guerre, nombreux sont ceux qui ont payé leurs idées de leurs vies. Le nombre de journalistes tués ou enlevés n’a cessé de s’alourdir pendant les années de guerre au Liban. Ces pratiques perdurent encore. Tout le monde se rappelle, à partir de 2005, des assassinats de Samir Kassir, éditorialiste, de Gebran Tuéni, PDG du journal An-Nahar, et de la tentative d’assassinat à l’encontre de May Chidiac, présentatrice de la chaîne LBC.


Pour parler du Liban, il faut conserver à l’esprit le fait, que dans ce pays, « la liberté est fragile. À chaque période de tension, le pouvoir politique a eu la tentation de restreindre le champ d’action de la presse. […] les habitudes politiques, l’autocensure et surtout le conformisme sont autant de limites à l’exercice de la profession ». Mais malgré les pressions, les journalistes conservent une certaine « marge de manœuvre ».

Au Liban, cette marge de manœuvre, « Assaqf » - dont la traduction est le plafond, pour rester fidèle au terme adopté par les journalistes -, représente un idéal pour lequel il faut se battre constamment, afin de le consolider et de l’étendre, tout en tenant compte des pressions politiques.

À chaque fois qu’un journaliste tente de pousser les limites pour acquérir davantage de liberté d’expression, il se bat, dans le jargon de la presse libanaise, pour le «محاولة رفع السقف mouhawalat raf’e ssaqf », qui signifie un (essai d’élever le plafond). Grâce à ces efforts, les journalistes ont réussi au fur et à mesure à acquérir de plus en plus de marge de manœuvre.

La déontologie et l’argent

À ce sujet, Alain Woodrow dit que « l’argent est l’ennemi d’un quatrième pouvoir libre et efficace ». L’argent joue certainement un rôle primordial dans les médias libanais. L’argent politique surtout. Il est connu que d’une part, beaucoup d’hommes et de partis politiques libanais et, d’autre part, des pays et des organisations arabes ou occidentales déboursent tous des sommes faramineuses dans les budgets des entreprises de presse à Beyrouth.

Ceux-là essaient forcément d’avoir en contrepartie une certaine influence sur la ligne éditoriale. Ils tentent de faire passer leurs idées à travers cette presse. En fin de compte, il s’établit un certain rapport de force entre les intérêts politiques des financeurs et le choix et la conscience professionnelle des journalistes ; et cela crée l’équilibre nécessaire pour faire vivre et fonctionner le média.

La situation des médias libanais et le rôle de l’argent politique provenant des gouvernements arabes et leurs influences multiples sur cette presse au cours des années 60 sont racontées par Samir Kassir dans son livre, Histoire de Beyrouth, il ajoute que l’exploitation du pétrole ne fit qu’augmenter les financements gouvernementaux. Je cite :

Très vite, le pluralisme devint une arme de combat aux mains des gouvernements engagés sur tous les fronts de leur guerre froide. Si le Nahar, le Hayat, le Jarida, le Anwar ou Lisan al-Hâl, parmi les quotidiens, le Sayad, le Ousbou’ al-‘Arabi ou le Hawadith, pour les hebdomadaires, pouvaient tirer leur épingle du jeu, les journaux ne pouvaient tous vivre d’un marché publicitaire naissant, encore moins de leur diffusion au Liban. Le secret bancaire aidant, nombre de publications sont entièrement financées par tel ou tel gouvernement arabe pour relayer dans leur colonnes les accusations que les capitales se lançaient les unes aux autres ».


Depuis les années 70, « la Libye et l’Irak ont investi d’importantes sommes d’argent dans la presse libanaise. Il existe en effet des journaux que le public achète pour s’informer sur les positions des régimes arabes qu’ils représentent ». Dans les années 70, « Beyrouth était un nid d’espions ».

C’est pour ces raisons que la loi a fini par durcir les procédures de création de nouveaux journaux politiques, pour que la presse libanaise ne se transforme pas en tribune de guerre ni en plateforme de propagande pour les différents pays arabes. Malgré le durcissement juridique, ce phénomène a poursuivi son chemin pour gagner d’autres pays et d’autres personnalités politiques, y compris libanaises.

Nous retenons ici l’exemple des fonds investis par les Hariri dans Al-Moustaqbal, An-Nahar, As-Safir et bien d’autres médias, bien que la loi libanaise interdise à la presse d’accepter des fonds parvenant de pays étrangers. De même, bien qu’il soit interdit à une personne d’acheter, à elle seule, la totalité des actions d’un journal, il n’est pas impossible dans un pays comme le Liban de trouver le moyen de contourner la loi.

Pour ce qui concerne l’appartenance politico-religieuse, elle a été démontrée dans la répartition des licences aux chaines télévisuelles, quant à la presse écrite, nous pouvons dire qu’elle divisée actuellement entre « le rassemblement du 8 mars », proches du pouvoir syrien et des autorités iraniennes, et « le rassemblement du 14 mars », proches de l’occident et de la famille Hariri. Elle est également distribuée selon un certain équilibre de force qui permet une représentativité confessionnelle.


L’autocensure, entre définition et pratiques

L’histoire de l’autocensure au Liban mérite d’être relater. Au Liban, il n’est pas question de censure proprement dite, ou d’un réel manque de liberté d’expression, mais plutôt d’une autocensure qui préserve une certaine tradition de liberté de la presse. Cette tradition a pu plus ou moins résister aux différents problèmes politiques qui ont pesé sur ce pays depuis la fin des années 50, puis pendant la guerre, jusqu’à ce que la presse soit contrainte de s’autocensurer de plus en plus pour survivre pendant « la présence syrienne ».

« L’autocensure qui est devenue une tradition à laquelle la presse libanaise s’est conformée et a fini, de ce fait, à être une de ses caractéristiques. La particularité de cette autocensure réside dans son trait collectif ou syndical et dans son évolution et développement.

Car s’il est question de choisir entre censure et autocensure, les journalistes libanais ont toujours opté pour le choix de l’autocensure qui, selon eux, préserve la liberté de la presse, surtout dans les périodes de crise.

De ce fait,

« La presse libanaise choisit l’autocensure, fuyant ainsi la censure officielle, pendant les périodes de fortes crises. La presse voit, dans l’autocensure, un moyen pour la sauvegarde de la liberté sans porter atteinte à la véracité de l’information ».


Genèse de l’autocensure au Liban

Au Liban, la première expérience flagrante de ce type a eu lieu en octobre 1958. Charles Helou, alors ministre de l’Information, convoqua le président de l’Ordre des journalistes, Robert Abéla, le président de l’Ordre des rédacteurs, Wafiq Tibi, ainsi que les directeurs responsables des quotidiens libanais pour « étudier la situation délicate du pays et ses conséquences à la suite des insurrections de 1958 qui scindèrent le pays en deux factions antagonistes dont les répercussions se firent sentir dans la presse ».

La deuxième expérience reconnue de ce genre eut lieu le 2 janvier 1962 sous la pression du président de l’Ordre de la presse. Le gouvernement renonça, de ce fait, à la proclamation de l’État d’urgence et accepta l’établissement d’une autocensure prise en charge par le Conseil du syndicat.

Plus de 40 quotidiens et 50 magazines appliquèrent, de manière efficace, l’autocensure. Chaque journal éliminait volontairement tout ce qu’exigeait le Conseil de l’Ordre de la presse.

L’autocensure pendant la guerre et l’après-guerre

De ce fait, jusqu’au début de la guerre en 1975, le Liban a représenté un cas à part. Il demeure sûrement le pays le plus respectueux de la liberté de la presse dans la région. Sa presse « jouissait théoriquement d’une liberté totale », avec une autocensure qui « s’accentue encore plus après la signature, en 1991, du traité syro-libanais », et la fin de la guerre civile.

En effet, « si la censure n’est pas officiellement en vigueur – malgré la présence d’un ministère de l’Information –, l’autocensure est réelle. Un certain nombre de tabous subsistent ». Même s’il n’est pas question de censure préalable au Liban, rien n’empêche la sûreté générale de multiplier les actes d’intimidation à l’égard des journaux.


L’autocensure vue par les journalistes libanais

En interrogeant quelques journalistes libanais au sujet de l’autocensure, nous remarquons que la plupart de nos interlocuteurs sont allergiques à ce terme et refusent d’admettre que cette conduite fait partie de leurs pratiques quotidiennes. Cela explique que malgré une longue tradition proclamée de liberté d’expression, l’autocensure reste un sujet tabou.

En contrepartie, et alors que nombre de journalistes préfèrent nier la présence d’autocensure et se jugent complètement libres, rares sont les journalistes qui nous ont parlé d’une tradition d’autocensure au Liban et qui nous ont avoué la présence de « plafonds » ou de « pressions » qui s’exercent sur eux à des échelles différentes évidemment, variant d’un média à l’autre, d’un sujet à l’autre et d’une année à l’autre. Pour certains « l’autocensure n’existe pas ». Il existerait plutôt « une conscience nationale et un respect des valeurs et des lois ».

Le secret, le silence et les sources anonymes

Le métier de journalisme évolue dans un « dilemme qui est de savoir jusqu’où [le journaliste a] le droit d’informer ». Le journaliste sait beaucoup plus de choses que ce qu’il ne dit. Il sait très bien distinguer entre ce qui est public et ce qui ne l’est pas, se demande chaque jour jusqu’où parler ? Et quand se taire ? Et sait que son rôle consiste parfois moins à révéler qu’à analyser ou à différer. Il est confronté, dans son travail quotidien « à la question du silence et du secret ». Le recours fréquent aux « sources anonymes » est considéré comme l’une des preuves de l’existence de ce secret qui exige du journaliste de préserver ses sources d’information, même si cette pratique est quelques fois contestée et soulève des interrogations.

En fait, les chercheurs se demandent si « derrière tous les grands événements médiatiques, il n’y aurait pas toujours, en aval du récit, un à non-savoir ou une inconnue », et de conclure que « Tout événement supposerait que soient doublés un savoir et un non-savoir, un monde et un arrière-monde ». « Les grands événements médiatiques seraient ceux qui donnent, non pas seulement à voir, mais à ne pas voir ». À ce sujet, Ghassan Tuéni, témoigne que l’écriture d’un article demande un double effort, car, à chaque fois, il produit deux articles : un destiné à être publié et un autre, authentique, qui reste dans sa pensée et ne sera jamais couché sur papier.


L’objectivité

« L’objectivité n’existe pas. L’honnêteté, oui », dit Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal Le Monde, et nous estimons qu’il a parfaitement raison. « L’objectivité n’existe pas, puisque toute vision est subjective, forcément partiale, et que la vérité est hors de la portée humaine ». Toute information est forcément subjective car elle est transmise par un journaliste, qui est avant tout une personne avec sa sensibilité, son caractère, son histoire, ses opinions, ses talents et ses limites. L’information résulte d’un choix, d’une présentation faite avec un nombre limité de mots. De plus, tout journaliste peut se tromper ; comment expliquer sinon que « la vérité d’un mois devienne le mensonge du mois suivant ».

« Le vrai problème du journaliste n’est pas l’objectivité mais l’exactitude ». C’est pourquoi, comme l’objectivité absolue est impossible et n’existe pas réellement, « il vaut mieux parler d’approche objective que d’objectivité », car pour être plus exact, « ce que l’on appelle objectivité est soit la confiance faite aux journalistes, soit le fait que plusieurs journalistes, voire plusieurs acteurs, fassent à peu près la même analyse au même moment ».

Conclusion

Pour conclure, et après cette réflexion sur l’autocensure, le silence, l’objectivité et l’influence de l’argent politique, il s’avère impossible de ne pas s’interroger sur la fragile frontière qui sépare autocensure et respect du secret professionnel. À partir de quel moment un journaliste franchit-il le stade du respect du secret professionnel pour entrer dans le registre de la censure, voire celui de l’autocensure, en s’interdisant lui-même de dire ce qu’il sait ? Et enfin, comment faire pour préserver un équilibre déontologique ? Des questions qui restent ouvertes car elles sont forcément présentes au sein de toute rédaction d’un média et à l’esprit de tout journaliste, que se soit au Liban ou ailleurs.


Bibliographie

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